Text by Yanitza Djuric

I’ve known Diana Quinby’s work for some time now. Its singularity has always intrigued me, as has its rigor, even though none of the drawings or prints are conceived according to a repetitive formal plan.

I’ve wanted to write about this artist’s work for a while. When I first encountered her strange bodies that bring to mind trees of flesh, they left me with a powerful visual memory that I wanted to prolong, in some way, by writing these lines.

I see bellies that are heavy or flaccid, breasts that are exultant or withered, and hands that hold or caress one another. The massiveness of these bodies contrasts with the miniscule heads – when the artist has drawn them – leading me to wonder whether Diana wanted to simply indicate, or rather to affirm their anonymity. So I’m going to talk about these bodies with a certain prudence, because it’s clear that they – a man, a woman, a pregnant woman, a baby… – will only reveal themselves to my gaze little by little. Diana’s drawings and prints question us through their painful yet strange precision, for the epidermal layers appear to be photographed rather than drawn. I think of Jean-Olivier Hucleux of course, of his dizzyingly meticulous line, which is as close to truth as possible. But it seems to me that Diana takes liberties with representation. Heads and feet may be reduced in size; hands on the contrary are prominent, larger than normal, and certain drawings reveal the body from an acrobatic and nearly surreal angle. The issue here is one of intimacy. As viewers, we’re in the presence of anonymous bodies, both massive and fragile, incongruous and almost disquieting in their autobiographical precision. As such, a tuft of pubic hair or a pair of breasts, one larger than the other, appears squarely before us, not as an expression of easygoing immodesty on the artist’s part, but rather as an interrogation, I believe, of what can readily be called a feminine or masculine bodily “Geography”, as well as the graphic and biological story of a Couple and of Maternity.

Indeed, what has also struck me in Diana’s work is the elegant rawness of the intimacy that we’re confronted with when looking at one of her drawings. I’m particularly amazed at the feeling of closeness conveyed by those works that evoke pregnancy and motherhood. The naturalness and universality of the poses clearly led me to think of Paula Modersohn-Becker’s portrayals of motherhood, but in Diana Quinby’s work, the man is also present; he’s sometimes nearly asexual (I’m thinking of the beautiful drawing in which “He” is there, with his heavy stomach, in a symbolic gesture of “sympathetic pregnancy”), but he is also as solid as a pillar, as can be seen in the nearly full-length (self)-portraits of couples, with their hands clasped and their heads beyond the pictorial space. These drawings may also be saying: “This is us, and that’s all you’ll ever know.”

I wish to pay tribute here to the artist’s strange and perhaps necessary reserve, for her manner of questioning the potentially complex limits of representing the intimacy of the flesh is thoughtfully subtle. I also think that the formal processes she uses largely contribute to our understanding of her work on the body, in that they enable her to carry out a highly personal and almost sociological exploration of anatomies and of skins (which often appear to resemble a “pelt of flesh”). This exploration brings forth a powerful graphic presence.
 
March 2017

 

Texte de Yanitza Djuric

Je connais le travail de Diana Quinby depuis un certain moment déjà. La singularité de ce dernier m'a toujours intrigué. Sa rigueur aussi, sans que chaque dessin ou gravure soient pour autant conçus selon le même schéma formel.

Je voulais écrire à propos du travail de cette artiste depuis longtemps, car la rencontre avec ses corps étranges, pareil à des arbres de chair avait provoqué chez moi un souvenir rétinien très puissant que j'ai voulu prolonger, d'une certaine manière, par ces quelques lignes.


Je vois des ventres lourds, des ventres secs, des poitrines exultantes ou taries, des mains qui s'étreignent. Ces corps, ils m'interrogent par leur massivité contrastant avec des têtes minuscules lorsque ces dernières sont présentes, comme si Diana voulait nous indiquer ou plutôt revendiquer leur caractère anonyme. Alors, je vais parler de ces corps, avec une certaine prudence car tout m'indique qu'ils ne se révèleront que progressivement à mon regard. Homme, femme, femme enceinte, bébé... Les dessins et les gravures de Diana interpellent par leur précision douloureuse, une précision étrange car ces épidermes semblent comme photographiés et non pas dessinés. Je pense à Hucleux, bien sûr, à son trait d'une minutie vertigineuse, au plus près de la vérité, mais il me semble que chez Diana, la simple représentation prend des libertés. Têtes et pieds réduits, parfois, mains au contraire plus proéminentes que la normale, angles acrobatiques quasiment surréels présents dans certaines œuvres ... Il est plutôt question ici d'intimité. Nous, regardeurs, sommes en présence de corps anonymes, massifs et fragiles, corps oxymores, presqu'inquiétants par leur précision autobiographique. C'est ainsi qu'une toison pubienne fournie, un sein plus grand que l'autre apparaissent implacablement sous nos yeux en ce qui n'est pas le moins du monde une tranquille impudeur de la part de l'artiste, mais plutôt un questionnement je crois, sur ce que peut dire naturellement une "géographie" corporelle féminine ou masculine, en même temps que le récit graphique et biologique d'un couple et d'une maternité.

En effet, ce qui m'a frappé également dans le travail de Diana, c'est la crudité élégante de cette intimité devant laquelle nous nous trouvons confrontés en regardant un de ses dessins. Ceux, notamment, qui évoquent la grossesse et la maternité m'étonnent par le sentiment de proximité qu'ils provoquent chez le regardeur et j'ai, bien évidemment, pensé aux "Maternités" de Paula Modersohn-Becker par le naturel et l'universalité des poses. À ceci près que chez Diana Quinby, l'homme est aussi présent, un homme presqu’asexué parfois (J'ai pensé au très beau dessin où "il" est là, le ventre un peu lourd, dans une couvade peut-être symbolique) mais également pilier solide, et ces autoportraits en pied du couple, les mains jointes et les têtes hors cadre par l'artiste l'indiquent bien assez, en même temps qu'ils nous disent peut-être : " C'est notre couple, vous n'en saurez pas plus".

Je tiens à saluer, ici, l'étrange et peut-être nécessaire pudeur de l'artiste car sa manière de questionner les limites parfois complexes de la représentation graphique de l'intimité corporelle est d'une subtilité très réfléchie. Je crois également que les procédés formels qu'elle utilise font, ô combien, partie de la compréhension de son travail sur le corps  dans la mesure où ils lui permettent de se livrer à une exploration très personnelle, car presque sociologique des anatomies et autres épidermes (qui apparaissent d'ailleurs parfois semblables à des vêtures de chair) en plus de la puissance graphique que cette même exploration arrive à engendrer.
Mars 2017

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